La révolution silencieuse du refroidissement des datacenters face à la canicule : découvrez les innovations qui protègent l’avenir numérique

Canicule tech : les nouveaux défis du refroidissement des PC et datacenters #

Chaque vague de chaleur repose la même question aux exploitants des infrastructures du numérique : jusqu’où une salle serveurs peut-elle tenir sans climatisation ? Voici les repères publics et datés — Arcep, Météo-France, Agence internationale de l’énergie, droit européen — et rien d’autre.

En bref
Le refroidissement ne pèse pas un chiffre unique : d’environ 7 % dans un très grand centre efficace à plus de 30 % dans un centre d’entreprise ancien, selon l’Agence internationale de l’énergie (2025).
1,42PUE moyen des centres de données étudiés en France en 2024, contre 1,46 en 2023 — Arcep
2,7 TWhconsommés en 2024, +12 % en un an, dont 1,9 TWh pour le calcul — Arcep
500 kWseuil de puissance installée au-delà duquel la déclaration annuelle est obligatoire — directive (UE) 2023/1791
6,5 Mm³d’eau prélevée et consommée, directement et indirectement, en 2024 — Arcep

Impact des vagues de chaleur sur les performances des ordinateurs et datacenters #

La chaleur extérieure ne détruit pas un serveur : elle rétrécit la marge du système de refroidissement, et c’est cette marge qui décide du bridage thermique puis de l’arrêt préventif. L’épisode de référence de l’été 2025 est daté : selon le communiqué de Météo-France du 1er août 2025, « le début de juillet 2025 a été marqué par la fin de la vague de chaleur démarrée le 19 juin et des températures encore caniculaires les 1er et 2 juillet (anomalie de +8 °C par rapport à la normale) ».

Le même communiqué relève 41,3 °C à Prades-le-Lez et 40,4 °C à Avignon le 1er juillet, puis deux périodes plus fraîches que la normale — du 6 au 9 juillet, puis à partir du 21.

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Repère daté
Le mois entier ne fut pas caniculaire : Météo-France conclut que « juillet 2025 affiche une anomalie chaude de +0,9 °C par rapport à la normale ». Une vague de chaleur se mesure en jours, pas en saison — et cette fenêtre-là est close.

Le retour d’expérience public le plus précis reste celui de Scaleway sur les 24 et 25 juillet 2019 : l’exploitant écrit que l’épisode a obligé le refroidissement de deux de ses sites, DC2 et DC3, à fonctionner à capacité maximale, relève 45,7 °C à DC3 et conclut qu’il n’y a eu « aucun incident ». Son bâtiment de Saint-Ouen-l’Aumône, dans le Val-d’Oise, n’était pas de ceux-là : la même entreprise indique qu’il a traversé la chaleur « sans utiliser un seul kilowatt de climatisation ». Une canicule, deux comportements : l’architecture décide.

Innovations dans le refroidissement des infrastructures informatiques #

Trois familles coexistent, et elles ne s’opposent pas sur le rendement mais sur la ressource qu’elles consomment : le free cooling direct souffle l’air extérieur filtré dans les salles, le free cooling adiabatique y ajoute l’évaporation d’eau, le refroidissement liquide rapproche le fluide des composants. L’Arcep pose l’arbitrage sans détour : « le free cooling adiabatique, qui utilise l’évaporation de l’eau pour rafraîchir l’air, permet généralement d’améliorer l’efficacité énergétique par rapport au free cooling direct, en particulier dans les climats chauds. Mais il entraîne une consommation d’eau plus élevée. »

Free cooling adiabatique
Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise)
Scaleway décrit pour son site DC5 un free cooling direct avec refroidissement évaporatif pour les salles de calcul, des groupes froids classiques restant réservés aux salles d’interconnexion et d’onduleurs : « il n’y a donc pas de véritable climatisation ». Valeur publiée par l’exploitant pour 2024 : PUE de 1,25 sur ce site, 1,37 en moyenne sur son parc.
Eau de galerie minière
Marseille, dispositif « River Cooling »
Le nom commercial trompe : ni fleuve, ni nappe. Digital Realty (Interxion) capte l’eau de « La Galerie de la Mer », qui draine les anciennes mines de Gardanne, à 15 °C toute l’année. Chiffres de l’exploitant : 15 millions d’euros investis, une solution « 30 fois plus économe en énergie qu’un système de refroidissement classique », « jusqu’à 18 400 MWh » économisés par an, 795 tonnes de CO2 évitées, PUE de conception de 1,2.
Ce que l’eau coûte
Un cinquième du parc étudié
« Près de 20 % » des centres étudiés par l’Arcep ont des systèmes consommateurs d’eau, adiabatiques ou évaporatifs — et « parmi les centres mis en service depuis moins de quatre ans, un quart utilise de l’eau ». La technique progresse malgré la contrainte hydrique.

Résilience des data centers : anticiper les canicules de demain #

Depuis 2024, la résilience thermique n’est plus seulement une affaire d’ingénierie : c’est une obligation déclarative. L’article 12 de la directive (UE) 2023/1791 du 13 septembre 2023 dispose qu’« au plus tard le 15 mai 2024, et tous les ans par la suite, les États membres exigent des propriétaires et des exploitants de centres de données situés sur leur territoire ayant une demande de puissance des technologies de l’information installées d’au moins 500 kW qu’ils mettent à la disposition du public les informations mentionnées à l’annexe VII ». Le règlement délégué (UE) 2024/1364 en fixe le calendrier : 15 septembre 2024, puis 15 mai 2025 et chaque année ensuite.

Ce que cela change concrètement
  • Le seuil se lit en puissance de calcul installée, pas en surface ni en nombre de baies. En France, le ministère chargé de la transition écologique précise qu’il « est apprécié à l’échelle de l’établissement identifié par son numéro SIRET » (articles L. 236-1 à L. 236-3 et D. 236-1 à D. 236-7 du code de l’énergie).
  • Au-delà d’1 MW, la directive demande de tenir compte du code de conduite européen applicable aux centres de données.
  • La base européenne est publiée « à un niveau agrégé » : on n’y lira pas le PUE d’un site en particulier. L’Arcep, qui a aligné sa collecte fin 2024, transmet ses données à la Commission « à partir de 2026 ».

Optimisation environnementale et réduction de l’empreinte énergétique #

C’est ici qu’il faut poser l’ordre de grandeur correctement, parce qu’il circule beaucoup de chiffres ronds. La part du refroidissement dans la consommation totale d’un centre de données n’est pas une constante : l’Agence internationale de l’énergie écrit qu’elle « varie d’environ 7 % pour les centres de données hyperscale efficaces à plus de 30 % pour les centres d’entreprise moins efficaces ».

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Côté français, le PUE moyen de 1,42 mesuré par l’Arcep en 2024 laisse, par construction, un peu moins de 30 % de l’électricité totale aux usages autres que le calcul, refroidissement et tertiaire confondus. Les deux lectures concordent, à condition de ne pas transformer une fourchette en record.

L’eau, elle, reste le point aveugle du débat. L’Arcep chiffre à 575 000 m³ le prélèvement direct des centres étudiés en 2024 et à « près de 6,5 millions de m³ » le total en y ajoutant l’eau mobilisée pour produire leur électricité — « soit la consommation annuelle moyenne d’eau en France de plus de 100 000 personnes », mais « environ 0,02 % du volume d’eau douce prélevé pour les usages principalement agricoles ». Le régulateur rappelle qu’un peu plus de 2 litres d’eau sont mobilisés par kilowattheure d’origine nucléaire, et qu’en zone de stress hydrique il faut privilégier des systèmes peu consommateurs d’eau plutôt que des tours aéroréfrigérantes ou du refroidissement adiabatique. La voie du circuit fermé progresse en France : OVHcloud a présenté le 16 octobre 2025 à Roubaix un site annoncé pour réduire « jusqu’à 30 % » la consommation d’eau et « jusqu’à 50 % » l’électricité de refroidissement, l’entreprise publiant par ailleurs un PUE de 1,24 et un WUE de 0,34 litre par kilowattheure pour son exercice 2025.

Conséquences business et continuité d’activité en temps de canicule #

La pression opérationnelle ne vient pas seulement du thermomètre : elle vient de la taille des projets. L’Arcep, citant RTE, relève des demandes de raccordement « de 100 à 200 MW, contre quelques mégawatts auparavant », une concentration en Île-de-France, et une puissance maximale admissible en équipements informatiques en hausse de 14 % en 2024, pour approcher 600 MW sur le parc étudié — alors que trois centres seulement ont ouvert dans l’année. Dimensionner un refroidissement neuf revient donc à parier sur des étés que les historiques décrivent mal.

Le précédent documenté
Le 19 juillet 2022, pendant la canicule britannique, Google a constaté « une défaillance simultanée de plusieurs systèmes de refroidissement redondants » dans l’un des centres hébergeant sa zone europe-west2-a, à Londres. Son rapport d’incident chiffre la panne de froid à 4 h 08, l’indisponibilité de services cloud à 18 h 23 et la traîne complète à 35 h 15. Le même jour, Oracle signalait un problème sur « un sous-ensemble de l’infrastructure de refroidissement » de sa région UK South, rétabli le 20 juillet à 3 h 57 UTC. C’est, à notre connaissance, le seul épisode de cette ampleur documenté par les rapports d’incident des exploitants eux-mêmes.
Ce que nous n’avons pas pu vérifier
  • Le coût horaire d’une interruption de service circule en fourchettes très larges attribuées à divers cabinets ; nous n’en avons retrouvé aucune dans une publication primaire consultable.
  • Aucune température garantie ne peut être attribuée à un boîtier d’ordinateur : un boîtier organise un flux d’air, il ne fixe pas la température d’un processeur.
  • Les répartitions de causes de panne varient d’une enquête et d’une année à l’autre : mieux vaut aucun pourcentage qu’un pourcentage sans son millésime.

À retenir #

  • Un seul indicateur fait référence : le PUE, défini par la norme ISO 30134-2 — consommation électrique totale rapportée à celle des seuls équipements de calcul. Plus il approche de 1, mieux c’est.
  • La moyenne française s’améliore : 1,46 en 2023, 1,42 en 2024 sur le périmètre Arcep, soit −0,04 deux années de suite.
  • Énergie et eau s’arbitrent : l’adiabatique gagne en efficacité et perd en sobriété hydrique. Le bon choix dépend du territoire.
  • La transparence est réglementaire au-delà de 500 kW de puissance de calcul installée : publication annuelle, base européenne agrégée.
  • Un chiffre sans sa source ni sa date ne vaut rien : plusieurs valeurs très citées sur ce sujet ne figurent dans aucune publication de l’organisme auquel on les attribue.

Questions fréquentes #

Un datacenter peut-il fonctionner sans climatisation ?
Pour ses salles de calcul, oui. Mais des groupes froids classiques subsistent souvent pour les salles d’interconnexion et d’onduleurs : « sans climatisation » décrit un périmètre, pas un bâtiment.
Que vaut un « bon » PUE aujourd’hui ?
Le repère public le plus récent pour la France est la moyenne Arcep : 1,42 en 2024. Un site neuf et dense descend plus bas, un petit local technique ancien monte bien plus haut. Comparer deux PUE suppose de comparer deux périmètres et deux millésimes.
Quelle part de l’énergie d’un datacenter part dans le refroidissement ?
Il n’existe pas de valeur unique. L’Agence internationale de l’énergie retient « environ 7 % » pour les très grands centres efficaces et « plus de 30 % » pour les centres d’entreprise les moins efficaces. Les chiffres ronds plus élevés qui circulent ne se retrouvent dans aucune publication d’autorité que nous ayons pu lire.
Mon ordinateur risque-t-il quelque chose pendant une canicule ?
Il se protège seul en abaissant sa fréquence, puis en s’arrêtant. Les gestes utiles relèvent du bon sens : dégager les entrées d’air, dépoussiérer les filtres, éviter moquette et tiroirs fermés, et décaler les charges lourdes hors des heures les plus chaudes.

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