Canicule tech : les nouveaux défis du refroidissement des PC et datacenters #
Chaque vague de chaleur repose la même question aux exploitants des infrastructures du numérique : jusqu’où une salle serveurs peut-elle tenir sans climatisation ? Voici les repères publics et datés — Arcep, Météo-France, Agence internationale de l’énergie, droit européen — et rien d’autre.
Plan de l'article
- Canicule tech : les nouveaux défis du refroidissement des PC et datacenters
- Impact des vagues de chaleur sur les performances des ordinateurs et datacenters
- Innovations dans le refroidissement des infrastructures informatiques
- Résilience des data centers : anticiper les canicules de demain
- Optimisation environnementale et réduction de l’empreinte énergétique
- Conséquences business et continuité d’activité en temps de canicule
- À retenir
- Questions fréquentes
Impact des vagues de chaleur sur les performances des ordinateurs et datacenters #
La chaleur extérieure ne détruit pas un serveur : elle rétrécit la marge du système de refroidissement, et c’est cette marge qui décide du bridage thermique puis de l’arrêt préventif. L’épisode de référence de l’été 2025 est daté : selon le communiqué de Météo-France du 1er août 2025, « le début de juillet 2025 a été marqué par la fin de la vague de chaleur démarrée le 19 juin et des températures encore caniculaires les 1er et 2 juillet (anomalie de +8 °C par rapport à la normale) ».
Le même communiqué relève 41,3 °C à Prades-le-Lez et 40,4 °C à Avignon le 1er juillet, puis deux périodes plus fraîches que la normale — du 6 au 9 juillet, puis à partir du 21.
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Le retour d’expérience public le plus précis reste celui de Scaleway sur les 24 et 25 juillet 2019 : l’exploitant écrit que l’épisode a obligé le refroidissement de deux de ses sites, DC2 et DC3, à fonctionner à capacité maximale, relève 45,7 °C à DC3 et conclut qu’il n’y a eu « aucun incident ». Son bâtiment de Saint-Ouen-l’Aumône, dans le Val-d’Oise, n’était pas de ceux-là : la même entreprise indique qu’il a traversé la chaleur « sans utiliser un seul kilowatt de climatisation ». Une canicule, deux comportements : l’architecture décide.
Innovations dans le refroidissement des infrastructures informatiques #
Trois familles coexistent, et elles ne s’opposent pas sur le rendement mais sur la ressource qu’elles consomment : le free cooling direct souffle l’air extérieur filtré dans les salles, le free cooling adiabatique y ajoute l’évaporation d’eau, le refroidissement liquide rapproche le fluide des composants. L’Arcep pose l’arbitrage sans détour : « le free cooling adiabatique, qui utilise l’évaporation de l’eau pour rafraîchir l’air, permet généralement d’améliorer l’efficacité énergétique par rapport au free cooling direct, en particulier dans les climats chauds. Mais il entraîne une consommation d’eau plus élevée. »
Résilience des data centers : anticiper les canicules de demain #
Depuis 2024, la résilience thermique n’est plus seulement une affaire d’ingénierie : c’est une obligation déclarative. L’article 12 de la directive (UE) 2023/1791 du 13 septembre 2023 dispose qu’« au plus tard le 15 mai 2024, et tous les ans par la suite, les États membres exigent des propriétaires et des exploitants de centres de données situés sur leur territoire ayant une demande de puissance des technologies de l’information installées d’au moins 500 kW qu’ils mettent à la disposition du public les informations mentionnées à l’annexe VII ». Le règlement délégué (UE) 2024/1364 en fixe le calendrier : 15 septembre 2024, puis 15 mai 2025 et chaque année ensuite.
- Le seuil se lit en puissance de calcul installée, pas en surface ni en nombre de baies. En France, le ministère chargé de la transition écologique précise qu’il « est apprécié à l’échelle de l’établissement identifié par son numéro SIRET » (articles L. 236-1 à L. 236-3 et D. 236-1 à D. 236-7 du code de l’énergie).
- Au-delà d’1 MW, la directive demande de tenir compte du code de conduite européen applicable aux centres de données.
- La base européenne est publiée « à un niveau agrégé » : on n’y lira pas le PUE d’un site en particulier. L’Arcep, qui a aligné sa collecte fin 2024, transmet ses données à la Commission « à partir de 2026 ».
Optimisation environnementale et réduction de l’empreinte énergétique #
C’est ici qu’il faut poser l’ordre de grandeur correctement, parce qu’il circule beaucoup de chiffres ronds. La part du refroidissement dans la consommation totale d’un centre de données n’est pas une constante : l’Agence internationale de l’énergie écrit qu’elle « varie d’environ 7 % pour les centres de données hyperscale efficaces à plus de 30 % pour les centres d’entreprise moins efficaces ».
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Côté français, le PUE moyen de 1,42 mesuré par l’Arcep en 2024 laisse, par construction, un peu moins de 30 % de l’électricité totale aux usages autres que le calcul, refroidissement et tertiaire confondus. Les deux lectures concordent, à condition de ne pas transformer une fourchette en record.
L’eau, elle, reste le point aveugle du débat. L’Arcep chiffre à 575 000 m³ le prélèvement direct des centres étudiés en 2024 et à « près de 6,5 millions de m³ » le total en y ajoutant l’eau mobilisée pour produire leur électricité — « soit la consommation annuelle moyenne d’eau en France de plus de 100 000 personnes », mais « environ 0,02 % du volume d’eau douce prélevé pour les usages principalement agricoles ». Le régulateur rappelle qu’un peu plus de 2 litres d’eau sont mobilisés par kilowattheure d’origine nucléaire, et qu’en zone de stress hydrique il faut privilégier des systèmes peu consommateurs d’eau plutôt que des tours aéroréfrigérantes ou du refroidissement adiabatique. La voie du circuit fermé progresse en France : OVHcloud a présenté le 16 octobre 2025 à Roubaix un site annoncé pour réduire « jusqu’à 30 % » la consommation d’eau et « jusqu’à 50 % » l’électricité de refroidissement, l’entreprise publiant par ailleurs un PUE de 1,24 et un WUE de 0,34 litre par kilowattheure pour son exercice 2025.
Conséquences business et continuité d’activité en temps de canicule #
La pression opérationnelle ne vient pas seulement du thermomètre : elle vient de la taille des projets. L’Arcep, citant RTE, relève des demandes de raccordement « de 100 à 200 MW, contre quelques mégawatts auparavant », une concentration en Île-de-France, et une puissance maximale admissible en équipements informatiques en hausse de 14 % en 2024, pour approcher 600 MW sur le parc étudié — alors que trois centres seulement ont ouvert dans l’année. Dimensionner un refroidissement neuf revient donc à parier sur des étés que les historiques décrivent mal.
- Le coût horaire d’une interruption de service circule en fourchettes très larges attribuées à divers cabinets ; nous n’en avons retrouvé aucune dans une publication primaire consultable.
- Aucune température garantie ne peut être attribuée à un boîtier d’ordinateur : un boîtier organise un flux d’air, il ne fixe pas la température d’un processeur.
- Les répartitions de causes de panne varient d’une enquête et d’une année à l’autre : mieux vaut aucun pourcentage qu’un pourcentage sans son millésime.
À retenir #
- Un seul indicateur fait référence : le PUE, défini par la norme ISO 30134-2 — consommation électrique totale rapportée à celle des seuls équipements de calcul. Plus il approche de 1, mieux c’est.
- La moyenne française s’améliore : 1,46 en 2023, 1,42 en 2024 sur le périmètre Arcep, soit −0,04 deux années de suite.
- Énergie et eau s’arbitrent : l’adiabatique gagne en efficacité et perd en sobriété hydrique. Le bon choix dépend du territoire.
- La transparence est réglementaire au-delà de 500 kW de puissance de calcul installée : publication annuelle, base européenne agrégée.
- Un chiffre sans sa source ni sa date ne vaut rien : plusieurs valeurs très citées sur ce sujet ne figurent dans aucune publication de l’organisme auquel on les attribue.



