Informatique, messagerie, réseaux sociaux : le même caractère revient partout, et presque personne ne sait comment il s’appelle officiellement. Le signe @ a un nom recommandé au Journal officiel, une place fixe dans deux normes de codage, une origine commerciale bien antérieure aux ordinateurs — et une histoire dont une partie reste contestée par les spécialistes eux-mêmes. Cet article s’en tient à ce que des sources primaires écrivent noir sur blanc, et dit explicitement ce qu’il n’a pas pu établir.
COMMERCIAL AT, et occupait déjà la position 64 de la table ASCII publiée en octobre 1969. Son emploi dans les adresses de courrier électronique vient de Ray Tomlinson, qui a envoyé les premiers messages entre deux machines du réseau ARPANET fin 1971.Plan de l'article
Utilisation de l’arobase en informatique #
Le nom officiel du signe @ en français
La Commission d’enrichissement de la langue française publie ses termes au Journal officiel et les rassemble dans la base FranceTerme. La fiche consacrée à ce caractère y porte la référence INFO597, la date de publication du 8 décembre 2002, et les domaines « Télécommunications », « Informatique » et « Internet ». Elle est toujours marquée publiée et non annulée dans l’export officiel de la base.
Cette fiche distingue deux formes. Le terme porté au statut privilégié est « arrobe », nom féminin. « Arobase », également nom féminin, y est enregistrée au statut synonyme : elle n’est donc pas fautive, elle est admise. L’équivalent anglais retenu est at-sign. La définition officielle est la suivante : « Caractère @ fréquemment employé dans les adresses de courrier électronique pour séparer le nom identifiant l’utilisateur de celui du gestionnaire de la messagerie. »
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Deux autres graphies circulent. Nous avons cherché « arrobase » et « arobe » dans la totalité de l’export FranceTerme — 8 425 fiches — : aucune des deux n’y apparaît une seule fois, alors que « arrobe » y sort six fois et « arobase » quatre fois. Ce ne sont donc pas des formes officielles. Le Wiktionnaire, lui, les enregistre comme variantes d’usage.
Le Rôle de l’Arobase dans le Courrier Électronique
L’usage le plus courant du signe reste l’adresse de courrier électronique, où il sépare deux moitiés. Le vocabulaire officiel français les nomme « le nom identifiant l’utilisateur » et « celui du gestionnaire de la messagerie ». La norme technique qui régit l’acheminement du courrier, la RFC 5321, emploie une grammaire plus sèche et la formule ainsi : Mailbox = Local-part "@" ( Domain / address-literal ) — une partie locale, le signe, puis un domaine.
La différence de vocabulaire n’est pas anodine : le texte français décrit un service, la norme décrit une syntaxe. Les deux disent la même chose du signe lui-même, qui ne sert qu’à marquer la frontière.
Utilisation de l’Arobase dans la Programmation
Chaque langage lui donne un rôle différent, et chaque rôle ci-dessous a été relu dans la documentation de l’éditeur, pas dans un récapitulatif.
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PHP. Le manuel officiel décrit @ comme le seul opérateur de contrôle d’erreur du langage : placé devant une expression, il supprime le diagnostic que cette expression aurait produit. La même page précise un point que l’on oublie souvent : un gestionnaire d’erreurs personnalisé installé par set_error_handler() continue d’être appelé malgré la suppression.
Python. Le glossaire officiel définit le décorateur comme « une fonction qui renvoie une autre fonction, généralement appliquée comme une transformation de fonction au moyen de la syntaxe @wrapper », et cite @classmethod et @staticmethod en exemples.
Java. La spécification du langage donne la grammaire d’une annotation sous la forme NormalAnnotation: @ TypeName ( ... ) : le signe précède bien le nom de l’annotation.
C#. Ici, le rôle est tout autre, et c’est une confusion fréquente. La page de référence du jeton @ chez l’éditeur le présente comme un identifiant verbatim : il sert à écrire une chaîne littérale sans échappement, ou à employer un mot réservé comme nom de variable. Le mécanisme de métadonnées de C# ne s’appelle pas « annotation » mais attribut, et il s’écrit entre crochets. Sur la page de référence du jeton comme sur la page consacrée aux attributs, le mot « annotation » a zéro occurrence.
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CSS. Le signe introduit ce que la documentation appelle des règles-at — @media, @import, @font-face — et non des sélecteurs. La définition servie est explicite : « les règles-at commencent par un signe at, @ (U+0040 COMMERCIAL AT), suivi d’un identifiant ».
Les Réseaux Sociaux et l’Arobase
Sur les plateformes sociales, le signe sert à désigner un compte plutôt qu’une boîte aux lettres. La documentation de Mastodon en donne un exemple qu’elle qualifie elle-même de correct, @[email protected], et pousse l’analogie jusqu’au bout : « comme avec le courrier électronique, il ne faut pas s’attendre à ce qu’[email protected] soit la même personne qu’[email protected] ». Le même caractère y joue donc exactement son rôle d’origine : dire à quel hôte se trouve la personne nommée.
Origine et évolution de l’arobase en informatique #
L’origine de l’arobase
Le texte publié au Journal officiel ne se contente pas de nommer le signe : il en donne l’origine. Il écrit que @ « est à l’origine le symbole de l’arroba (de l’arabe ar-roub, le “quart”), ancienne unité de capacité et de poids espagnole et portugaise ». Il ajoute que le signe a longtemps servi, dans les langues anglo-saxonnes, à écrire un prix unitaire — « tant de tel article @ tant l’unité » — et qu’on l’appelle dans cet emploi « a commercial ».
Le Wiktionnaire concorde sur l’essentiel et précise l’arithmétique : l’unité valait le quart d’une unité d’environ cinquante kilogrammes. Il date l’entrée d’« arrobe » en français de 1555 et celle d’« arobase » de 1995. Une citation de Claude Lévi-Strauss y illustre l’unité de poids : cent dix-neuf arrobes d’or, « c’est-à-dire plus d’une tonne et demie ».
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Le texte du Journal officiel écrit que le tracé « résulterait de la ligature de l’accent grave avec le “a” de la préposition française “à” » — au conditionnel, dans le texte officiel lui-même.
Le Wiktionnaire signale que « certaines sources » soutiennent une explication voisine — une contraction de « a rond bas de casse » — mais que « d’autres nient catégoriquement cette possibilité », et cite un ouvrage pour qui cette origine typographique et le ad latin ligaturé sont « introuvables en paléographie ».
Les deux s’accordent en revanche sur le rattachement à l’arroba ibérique et sur la racine arabe signifiant « le quart ».
Les deux pages de presse que citait la version précédente de cet article restent accessibles et traitent bien du sujet : « D’où vient le signe “@” arobase ? » sur Ça m’intéresse et « À quoi sert le signe arobase et quelle est son origine ? » sur Maxisciences. Nous n’en avons repris aucun chiffre ni aucune formule : tout ce qui est affirmé ici vient des sources primaires nommées.
Un symbole phare de l’ère numérique
Ce qui fait entrer le signe dans la technologie tient à une modification de programme, racontée par son auteur. Ray Tomlinson travaillait, « pendant l’été et l’automne 1971 », sur le système en temps partagé TENEX. Il améliorait SNDMSG, un programme de messagerie qui ne desservait que la machine locale — il précise que le courrier électronique sur une seule machine « existait depuis au moins le début des années 1960 ». Une boîte aux lettres n’était qu’un fichier que les autres utilisateurs pouvaient seulement compléter par la fin.
Son idée fut d’y greffer le code d’un programme expérimental de transfert de fichiers, CPYNET, pour que le message puisse être ajouté à une boîte aux lettres distante. Restait à distinguer le courrier local du courrier réseau : « j’ai choisi d’ajouter un signe at et le nom de l’hôte au nom de connexion de l’utilisateur ». Le premier message fut envoyé « entre deux machines littéralement côte à côte », dont la seule liaison passait par l’ARPANET. Ces premiers messages, écrit-il, « ont été envoyés fin 1971 ». Il ajoute qu’ils étaient « parfaitement oubliables » et qu’il les a donc oubliés : le premier contenait « probablement QWERTYUIOP ou quelque chose d’approchant ».
Sur le choix du caractère, il répond lui-même à la question qu’on lui posait sans cesse : « la fonction du signe at, en anglais, était d’indiquer un prix unitaire (par exemple, 10 articles @ 1,95 $). Je l’ai utilisé pour indiquer que l’utilisateur se trouvait à un autre hôte plutôt que sur la machine locale. » C’est donc le sens commercial du signe, et non une propriété de rareté, que son auteur met en avant. On notera aussi qu’il parle du nom de l’hôte : la notion de nom de domaine telle que nous la connaissons n’existait pas encore en 1971.
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Ce qu’il a inventé est donc précis, et plus étroit que ce qu’on lui prête d’ordinaire : non pas le courrier électronique, qui existait déjà, mais le courrier électronique en réseau et la convention d’adressage qui va avec. C’est à ce titre qu’il figure dans l’histoire de la révolution numérique — étape modeste dans son code, considérable dans ses effets.
Le rôle actuel de l’arobase en informatique
Aujourd’hui, le signe occupe trois emplois bien distincts : il sépare les deux moitiés d’une adresse de courrier électronique, il désigne un compte sur les plateformes sociales, et il porte une fonction syntaxique dans plusieurs langages de programmation. Pour qui veut maîtriser l’informatique au quotidien, ces trois emplois suffisent : ils couvrent la quasi-totalité des situations où l’on rencontre le caractère.
Cette liste est close : elle ne retient que les emplois dont nous avons pu lire la définition dans la documentation de l’éditeur du langage concerné. Le principe est simple — ce qui n’a pas pu être lu dans une source n’est pas publié, même quand la formule est répandue.
Le signe @ dans les normes de codage : ASCII et Unicode #
C’est la partie la plus stable de l’histoire du caractère, et la plus facile à vérifier : deux normes séparées par cinquante-sept ans lui donnent la même place et le même nom.
RFC 20, octobre 1969
@ en colonne 4, rangée 0 — notation 4/0 — sous le nom « Commercial At ». Le document explique lui-même sa notation : la colonne est la valeur des bits de poids fort, la rangée celle des bits de poids faible, ce qui donne 100 0000, soit 64 en décimal.fichier
UnicodeData.txt0040;COMMERCIAL AT;Po;0;ON;;;;;N;;;;; : point de code U+0040, nom officiel COMMERCIAL AT, catégorie générale Po (ponctuation, autre).Autrement dit : le nom n’a pas changé depuis 1969, et la position non plus. 0x40 vaut 64, et les 128 premiers points de code d’Unicode reprennent la table ASCII à l’identique. C’est aussi pourquoi la documentation CSS écrit tout simplement « @ (U+0040 COMMERCIAL AT) » quand elle a besoin de désigner le caractère sans ambiguïté.
Les noms du signe @ dans d’autres langues #
Les listes de noms pittoresques du signe @ circulent beaucoup et se recopient mal. Nous n’avons retenu ci-dessous que les langues pour lesquelles le mot possède sa propre entrée de dictionnaire, lue une par une : le sens littéral y est écrit, il n’est pas déduit.
Le motif se voit à l’œil nu : presque toutes ces langues ont nommé le signe d’après un animal ou une forme enroulée. Le français, lui, a gardé le nom de l’unité de mesure dont il vient — l’un des rares à avoir conservé la piste commerciale plutôt que la ressemblance visuelle.
À retenir #
COMMERCIAL AT.Ce que nous n’avons pas pu vérifier #
Questions fréquentes #
Faut-il écrire « arobase » ou « arrobe » ?
« Arrobase » avec deux r et un e final, est-ce une faute ?
Quel est le code du caractère @ ?
U+0040 sous le nom COMMERCIAL AT, catégorie Po. En ASCII, il occupe la position 64, déjà sous le nom « Commercial At » dans le document de référence publié en octobre 1969.Ray Tomlinson a-t-il inventé le courrier électronique ?
Pourquoi ce signe plutôt qu’un autre ?
Le signe @ sert-il vraiment en programmation ?
Sources #
INFO597, Journal officiel du 8 décembre 2002 : culture.fr/franceterme.UnicodeData.txt de la base de caractères : unicode.org.



