6G : Comment Orange et Ericsson redéfinissent l’avenir des réseaux mobiles #
Collaboration internationale et écosystèmes de recherche autour de la 6G #
L’essor des communications mobiles de sixième génération s’appuie avant tout sur une coopération internationale structurée, impliquant des industriels, opérateurs, instituts de recherche et universités majeurs. Orange SA, groupe français des télécommunications, s’est très tôt positionné au cœur de cet écosystème, participant à une multitude de consortiums européens, tels que le projet Hexa-X, piloté par Nokia et Ericsson et impliquant des partenaires comme Deutsche Telekom, l’université technique de Munich et CEA-Leti.
- En 2022, Ericsson AB, spécialiste suédois des infrastructures réseaux, annonçait une initiative de recherche décennale au Royaume-Uni, dotée de plusieurs dizaines de millions de livres et impliquant des équipes mixtes de chercheurs, doctorants et partenaires industriels.
- Orange prend une place centrale lors des conférences mondiales telles que le MWC de Barcelone et la 6G Summit d’Helsinki, partageant ses avancées avec l’écosystème global par la publication d’articles et de Livres Blancs scientifiques.
- La synergie entre Ericsson et Orange se renforce autour de projets communs regroupant des partenaires comme Airbus Defence & Space, Atos, ou encore IMT Atlantique, autour d’enjeux de télécoms quantiques, IA embarquée, et normes de sécurisation du réseau.
Ces interactions accélèrent la constitution de référentiels normatifs communs, jalonnés par des publications sectorielles dans IEEE Transactions on Communications ou le rapport Hexa-X publié en mars 2024. Nous constatons que la diversité des partenaires et l’alignement entre industriels, universitaires et décideurs créent un effet de levier unique, propice à la structuration rapide des standards et des usages 6G, de la théorie jusqu’aux démonstrateurs.
Feuille de route technologique : les axes stratégiques d’Orange et Ericsson #
La stratégie d’innovation 6G d’Orange et d’Ericsson se structure autour de grands piliers technologiques, en consonance avec l’évolution des exigences sociétales, industrielles et environnementales. Signalons d’emblée que l’intégration du cloud natif, de la blockchain, du big data et de l’intelligence artificielle façonne la vision commune des deux groupes, avec des différenciations notables dans la trajectoire de chacun.
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- Le Livre Blanc 6G d’Orange, dévoilé en 2022, détaille une feuille de route axée sur :
- L’adaptabilité extrême des réseaux aux besoins de latence, de haut débit et de connexion massive grâce à une architecture logicielle décentralisée
- La sécurité renforcée par la blockchain, fondée sur une authentification et une gestion des identités distribuées
- Une efficacité énergétique accrue grâce à des réseaux auto-pilotés par IA, visant une réduction de 40% de la consommation énergétique par bit transporté à horizon 2030
- La résilience des infrastructures face aux cybermenaces, catastrophes naturelles ou pannes massives, portée par des mécanismes d’auto-guérison pilotés en temps réel
- Ericsson, leader mondial des équipements réseaux, investit massivement dans des centres de R&D dédiés à la 6G à Lund (Suède), Stockholm, et depuis 2022 au Royaume-Uni
- La firme concentre ses efforts sur la modélisation d’interfaces sub-THz, la résilience logicielle et la conception de réseaux cognitifs intégrant IA et automatisation avancée
- Le programme “Ericsson 6G Security Framework” vise à définir les protocoles de sécurité end-to-end pour l’émergence de la “Trustworthy 6G”
- Déploiement massif de solutions cloud natives, facilitant la création dynamique de réseaux privés industriels, de réseaux segmentés (network slicing) et de plateformes immersives à très faible latence
L’alignement stratégique d’Orange sur une approche ouverte et federative (notamment via l’adoption de Sylva, cloud open-source télécom) complète logiquement les investissements de Ericsson dans l’automatisation et la standardisation des réseaux, l’un et l’autre favorisant l’émergence d’un écosystème 6G agile, interopérable et sécurisé à l’échelle européenne.
Premiers prototypes et percées significatives : de la théorie à l’expérimentation #
Les avancées ne se bornent plus à la modélisation : Orange et Ericsson accélèrent l’expérimentation concrète de la 6G à travers des prototypes, bancs d’essai et démonstrateurs en conditions réelles, qui fixent déjà le cadre des futurs réseaux commerciaux. Ericsson a dévoilé en 2023 des prototypes radio fonctionnant en bandes sub-THz, délivrant des débits supérieurs à 100 Gbps sur plusieurs centaines de mètres, ce qui établit une première mondiale en termes de transmission radio sur ces fréquences extrêmes.
- En France, le laboratoire Pikeo d’Orange à Lannion (2021) constitue la première infrastructure expérimentale ouverte européenne, permettant de valider l’intégration de réseaux 6G avec edge computing, IA et cloud natif.
- Au Royaume-Uni, le centre de R&D Ericsson coordonne une plateforme collaborative réunissant chercheurs, doctorants et opérateurs (BT, Vodafone UK) autour de la modulation sub-THz et de la résilience extrême du cœur de réseau.
- A l’échelle européenne, des démonstrateurs Hexa-X rassemblement 35 partenaires industriels et académiques orchestrent des bancs d’essais à Turin, Munich, Paris, Helsinki, matérialisant chacun une facette de l’infrastructure du réseau autonome de demain.
Les limites techniques – portée, interférences dans le sub-THz, orchestration temps réel de millions d’objets – sont méthodiquement abordées par l’implémentation de réseaux cloud natifs, la virtualisation avancée et un pilotage intelligent des ressources, afin de garantir la scalabilité et la performance exigées par les usages de la prochaine décennie.
Impact sociétal, sécurité et durabilité : le futur selon Orange et Ericsson #
L’arrivée de la 6G redistribue les cartes sur le plan sociétal, technologique et environnemental. Orange et Ericsson placent la sécurité, la sobriété énergétique et l’impact sociétal positif au centre de leur feuille de route. Face à la collecte exponentielle de données, la multiplication des objets connectés et l’apparition de nouveaux services de santé, de transport, de ville intelligente, ces groupes anticipent des défis inédits.
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Orange inscrit dans son Livre Blanc 6G :
- La cybersécurité renforcée par la cryptographie quantique, le monitoring en temps réel et la gouvernance décentralisée
- Une réduction constatée de 30% de la consommation énergétique sur des premières vagues pilotes en France grâce à l’automatisation IA et à la mutualisation du cloud
- L’émergence de cas d’usage à forte valeur : santé de précision, environnements immersifs, automatisation avancée de l’industrie et du transport
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Ericsson structure depuis 2022 ses priorités autour de :
- L’implémentation de son programme Green Networks 6G visant une empreinte carbone divisée par deux d’ici 2035
- Des solutions de sécurité “by design”, incluant accès zero trust, authentication distribué, protection automatisée contre les attaques IA
- Soutien au déploiement de plateformes médicales de télésurveillance, robotique chirurgicale ou réseaux pour véhicules autonomes avancés
Nous constatons que les deux acteurs ne se limitent pas à suivre le mouvement ; ils impulsent une vision où la responsabilité sociétale, la résilience face aux cyber-risques et la maîtrise de la consommation énergétique guideront la compétitivité et la légitimité de la 6G européenne, dans un contexte d’attentes croissantes des citoyens et des pouvoirs publics.
Place de l’Europe dans la course mondiale à la 6G #
Sur le plan géostratégique, la position de l’Europe dans la “course à la 6G” se renforce, portée notamment par l’alliance entre Orange et Ericsson et leur implication dans des projets européens structurants. Le lancement du programme “Smart Networks and Services Joint Undertaking (SNS JU)” en 2021 par la Commission Européenne, doté d’un budget de plus de 1,8 milliard d’euros pour la période 2021-2027, offre un cadre de financement et de coordination sans précédent.
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- En juin 2025, Orange s’est appuyé sur Ericsson pour accélérer le déploiement du network slicing 5G sur sa filiale française et européenne, technologie qui préfigure la segmentation avancée prévue par la 6G.
- Les tests menés dans des consortiums comme Hexa-X consolident l’automatisation, l’orchestration de services multi-cloud et l’intégration des satellites, drones, réseaux terrestres pour garantir la résilience et la souveraineté numérique du continent.
- La feuille de route européenne privilégie l’ouverture : adoption large de plateformes interopérables telles que Sylva, Open RAN, 5G Standalone pool, créant les bases d’un marché commun et limitant la dépendance aux géants extra-européens.
Notre analyse met en évidence l’objectif partagé d’Orange et Ericsson de maintenir un leadership technologique européen, s’appuyant sur une recherche appliquée, des investissements continus et une intégration systémique de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et des réseaux ubiquitaires. L’Europe dispose donc, par la qualité de ses consortiums et la complémentarité de ses champions industriels, des atouts pour transformer la 6G en accélérateur d’autonomie stratégique, d’innovation responsable et de compétitivité mondiale.
Plan de l'article
- 6G : Comment Orange et Ericsson redéfinissent l’avenir des réseaux mobiles
- Collaboration internationale et écosystèmes de recherche autour de la 6G
- Feuille de route technologique : les axes stratégiques d’Orange et Ericsson
- Premiers prototypes et percées significatives : de la théorie à l’expérimentation
- Impact sociétal, sécurité et durabilité : le futur selon Orange et Ericsson
- Place de l’Europe dans la course mondiale à la 6G